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Première époque:
Je suis né à Meaux, le 18 février 1944 (mon père était rentré de captivité en
mai 43…).
J’habite toujours la maison qui était alors celle de mes parents.
Ceux-ci, ou la sage femme qui a procédé à notre accouchement (ah oui, je dis
« notre », parce que j’étais deux, mais c’était passé
inaperçu jusqu’au dernier moment. Je suis toujours deux, et je n’imagine pas la
vie sans mon frère jumeau…) ont dû faire une fausse
manœuvre style potion magique d’Obélix, parce que, d’aussi loin que je me
souvienne, je suis voituro-monomaniaque…La preuve :
Je me souviens qu’à ma naissance, mon père possédait une Renault Celtaquatre
(d’occasion). Il a eu ensuite une Renault Primaquatre
(encore d’occasion) puis une Renault (encore !) Juvaquatre (neuve, celle-là, la
première).
Mais de ces trois- là, je ne peux pas dire grand-chose…sauf qu’elles étaient
noires.
La première voiture dont je me souvienne avec une précision quasi-chirurgicale
(comme toutes les suivantes) est sa première Traction
(nous y voilà ! « ça » date de là…). C’était en 49, une 11 BL noire (forcément),
avec des roues Robergel ivoire, un volant Quillery
ivoire à trois branches et des housses de sièges en tissu écossais. Elle était
immatriculée « ???? QU 9 » (je ne me souviens pas des
quatre premiers chiffres). Je crois que « QU », c’était pour la Seine-et-Marne,
et « 9 », pour l’année.
Elle a été suivie, en 51, d’une 15 immatriculée « 21 R 77 » (le système
d’immatriculation avait changé en 50).
Ah, celle-là, celle-là… !
Noire, elle était (toujours aussi forcément), mais pour le reste ! Que je vous
la raconte…
L’extérieur, d’abord : malle Raoul (c’était une malle bombée vendue en
accessoire - les modèles d’avant 52 avaient une malle plate, tout
le monde sait ça ! ), roues Robergel vert pâle et chrome, phares chromés,
klaxons et projecteurs additionnels…chromés, bien sûr…
Quant à l’intérieur ! Tout était assorti : les sièges et contre-portes étaient
garnis d’un superbe vraifaux cuir en skaï bicolore ivoire et vert
clair, le volant était un Quillery Viraflex vert clair avec un
cerclo-avertisseur chromé et deux branches constituées de trois tiges chromées
avec des entretoises en plastique ivoire et toutes les commandes (commodo,
molette d’ouverture de pare-brise, boutons du tableau de
bord, manivelles, pommeau du levier de vitesses, etc…) étaient garnies de
cabochons vert clair avec un centre ivoire. J’en rêve encore…

Je fais là une petite parenthèse pour vous livrer une info, annexe, certes, mais
non sans conséquence sur l’objet central de ce site (la 366
CJQ 77) : c’est durant le règne de cette merveilleuse 15 (le 23 juillet
52, exactement) que j’ai attrapé une saloperie (éradiquée
maintenant grâce au vaccin qui est sorti un ou deux ans après…) appelée la
poliomyélite, qui m’a passablement gâché la vie en me
laissant lourdement handicapé du bras droit et de la jambe droite…
Mais revenons à nos moutons.
Après cette pièce d’anthologie, vint, en 53, une seconde 15, immatriculée « 757
BK 77 ». Plus sobre, celle-là, du moins en ce qui
concerne l’intérieur, parce que pour l’extérieur, c’était encore pas mal !
L’intérieur, donc, était strictement d’origine, mis à part l’incontournable
volant Quillery (exactement le même que le précédent, mais en
gris clair au lieu du vert…). Cependant, extérieurement : comme ci-dessus en ce
qui concerne phares et klaxons, mais les roues étaient
celles d’origine. En revanche, là ou mon père avait vraiment fait très fort,
c’était sur les accessoires Robri : des clignotants à la sortie
d’échappement en passant par la malle et les feux rouges ; je crois qu’il avait
fait installer la panoplie complète !
Une 15 en 54, ça commençait un peu à flirter avec l’anachronisme, mais quand,
même, quelle voiture ! Je me souviens qu’un jour, lors
d’un départ en vacances, Papa avait « fait la course » sur la N 7 (il y avait
alors peu de voitures et pas de radars…) avec une Lancia, la
même que dans « Tintin au Pays de l’or noir » (après les Traction, Tintin est ma
seconde marotte…mais ceci est une autre histoire),
réputée, à l’époque pour sa rapidité…une Italienne, quoi !
La lutte est longtemps restée des plus équilibrée…tant que la route est restée
droite. Puis il eut un long virage à droite, avec, sur le côté
gauche une esplanade sur laquelle de trouvaient, dans cet ordre, un jeune
bouleau puis une auberge. La 15 a viré plein pot, scotchée à la
route ; c’est le jeune bouleau qui a arrêté la Lancia, sans trop de dégâts avant
que tout le monde se retrouve à l’auberge, les uns pour se
remettre de l’émotion, les autres (dont moi !) pour arroser la victoire…
Et puis, quand même, hein, la 15, c’était la voiture du général De Gaulle !
(quand on vous parle de look présidentiel!)
Alors s’est produite LA CATAstrophe : en 56 est tombée l’échéance
traditionnellement au plus tri annuelle, pour mon père, de changer
de voiture…Las, Citroën, entre temps avait commis la folie apocalyptique de
sortir la DS. Pensez donc : passer d’un coup de la
préhistoire au futur le plus fou…Il n’a pas pu assumer. Peugeot venait
heureusement de sortir la 403…Mon père est devenu
« Peugeotiste » : notre nouvelle voiture a donc été une 403 - noire, quand-même
- immatriculée « 632 DY 77 ». Heureusement, Robri
avait aussi une collection d’accessoires pour 403…
Mais, pour moi, le mal était fait : j’avais, en plus de ma polio, attrapé une
tractionnite chronique au demeurant incurable…
Fin du premier épisode (j’avais alors 12 ans).

Seconde période:
Nous nous sommes quittés en 1956. J’avais 12 ans…
Nous nous retrouvons en août 2003. Dans six mois, j’aurai 60 ans et je serai en
retraite…
Entre temps ? Rien de notoire : quelques études, un diplôme d’ingénieur, 35 ans
de carrière dans le nucléaire…et une bonne vingtaine de
compagnes à quatre roues (et à deux pédales…vous vous souvenez : la polio ?). En
la matière, j’ai été particulièrement volage : je suis
passé de Renault à Simca, de Simca à Mercédès, de Mercédès à BMW, de BMW à
Volvo, de Volvo à Citroën, de Citroën à Renault, de
Renault à BMW, de BMW à Volvo (bis), de Volvo à Mazda, de Mazda à Peugeot, de
Peugeot à Lancia, de Lancia à Renault, de
Renault à BMW (j’ai bien aimé les BMW…), de BMW à Mercédès, de Mercédès à Audi,
d’Audi à Mercédès (j’ai bien aimé aussi les
Mercédès), de Mercédès à Nissan (à suivre...).
Toutes, ou presque, ont été fidèles et aimantes, mais n’ont jamais pu me faire
oublier mon amour d’enfance…
Or donc :
1- je vais avoir 60 ans : ça mérite un beau cadeau,
2- je vais être en retraite : il va me falloir une occupation.
Et là, une idée aussi folle que soudaine : une Traction, une vraie qui roule, A
MOI ?
Oui, mais : en trouver une, aller la chercher, la faire restaurer, c’est déjà «
mission impossible » ; quant à me la rendre « conduisible »...!
Non, ça restera à jamais un beau rêve…
EH BIEN NON !
Je vous raconte la suite…
Convaincu de son caractère définitivement platonique, j’assouvissais ma passion
en visitant tout ce que je pouvais trouver comme sites
Web consacrés à la Traction.
C’est ainsi, qu’un peu par hasard, j’ai découvert l’existence, à quelques
kilomètres de chez moi, d’un certain Philippe Chauvet, exerçant,
dans une ferme ???!!! (la ferme du Limodin…) le métier étonnant (mais est-ce un
métier ?) de « docteur es Tractions ».
Sans le moindre espoir, et presque à mon corps défendant, mais animé d’une
grande curiosité vis-à-vis de ce phénomène apparemment
universellement connu dans le monde des tractionautes, j’ai pris contact avec
lui.
Par téléphone, d’abord, pour lui conter mon rêve et lui demander ce que je
pouvais faire. Sa réponse, on ne peut plus nette :
« Ne faites surtout rien, venez me voir ».
Je le vis donc…et là, la plus grande joie de ma vie : ma question « que
pouvez-vous faire pour moi ? » a reçu textuellement la réponse
suivante : « Je peux TOUT faire ; ça n’est qu’une question de temps et d’argent
». J’avais tout le premier et suffisamment du second.
Je me suis retenu de lui sauter au cou…

Il m’a alors expliqué que, trois ans auparavant, il avait réalisé pour un client
atteint d’un handicap du même genre que le mien, une auto
tellement conforme à mes envies et besoins que je n’en croyais pas mes oreilles
: une 11 B refaite à neuf de A à Z, modernisée et
fiabilisée pour un usage courant (circuit électrique 12 V, alternateur,
adaptation au super sans plomb, boîte ID 4 vitesses…) et surtout
équipée d’un embrayage automatique (système Charbonnier) et – cerise sur le
gâteau – d’une direction assistée hydraulique de sa
conception (un sorcier, je vous dis !). L’auto en question a même fait l’objet
d’un article dans le N° 963 du 7 décembre 2000 de
« La Vie de l’Auto » ("LVA" pour les connaisseurs. "T'as pas lu l'dernier LVA?
T'étais en prison ou bien?")
Me « faire » une voiture sur mesures ne lui posait donc aucun problème.
Encore fallait-il trouver LA voiture à modifier et à restaurer autant que de
besoins…ce qu’il m’a proposé de faire (sachant que
l’important est de trouver « une base saine » et qu’un béotien dans mon genre a
9 chances sur 10, sinon plus, de se faire refiler une
poubelle qui ne tient que par une belle peinture).
Moins d’un mois plus tard, il m’a rappelé pour m’annoncer qu’il avait trouvé la
chose : C’était une 11 B de 1950, saine et bien restaurée,
qui, à part les modifications mécaniques citées plus haut, ne devait pas
nécessiter beaucoup de travaux.
« Venez la voir et, si elle vous plait, vous l’achetez et je m’en occupe… »
Je suis allé la voir, bien sûr, elle m’a plu (l’intérieur était particulièrement
chouette : sellerie velours de 15 marron glacé et volant
Quillery marron à 3 branches…le même que le volant ivoire de la première
traction de mon père) et, bien sûr, je l’ai achetée.
Il ne restait plus à Chauvet
qu’a s'en occuper…ce qui, vu son emploi du temps surchargé, devait normalement
lui prendre 5 à 6 mois. 5
à 6 longs mois à rêver devant les photos que nous avions faites de MA voiture et
à suivre pas à pas l’avancement des travaux.
Mais le miracle n’avait pas fini de s’accomplir : encore environ un mois plus
tard, j’ai reçu un nouveau coup de fil de Chauvet. Il avait
une proposition à me faire : « vous savez, la voiture dont je vous ai parlé,
quand vous êtes venu me commander la vôtre…elle est à
vendre: son propriétaire veut que je lui « fasse » une 15 et il est prêt à se
défaire de sa 11. Je lui ai parlé de vous et il serait d’accord. Je
me chargerais de la reprise de la vôtre et financièrement, pour vous, ça
reviendrait grosso modo au même ».
J’ai tout d’abord fait la fine bouche : « Oui, mais la mienne a une malle plate
et un intérieur de 15… ». Mais ça n’a pas tenu plus d’une
minute face aux arguments de Chauvet : « Oui, mais celle-là est neuve : pas
comme neuve, mais vraiment neuve ! Je le sais, c’est moi
qui l’ai faite…Et en plus, si c’est ça qui vous branche elle est entièrement
relookée en 15, intérieur et extérieur."
"Venez au moins la voir, ça n’engage à rien… »
Je suis allé la voir. C’était début décembre 2003. La carte grise à mon nom est
datée du 18 décembre…
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Contact: 366 CJQ 77
